personnages divers et loupe en pâte à modeler

Biais inconscients, inclusion et politique municipale en Estrie

Souvent, on entend : « Ici, on traite tout le monde pareil. On n’a pas de biais. » Cela part d’une bonne intention, mais dans les faits les inégalités se perpétuent. Les jugements automatiques et les stéréotypes influencent nos choix sans qu’on s’en rende compte.

En Estrie, la présence de femmes en politique municipale a progressé. On compte plus de conseillères, plus de mairesses, et davantage de visages féminins sur les photos officielles. C’est encourageant, mais on est encore loin d’une vraie parité. De plus, les personnes LGBTQ+, en situation de handicap, racisées, avec de jeunes enfants ou avec un faible revenu sont encore peu présentes. Ajoutons à cela que plusieurs élues quittent après leur premier mandat faute de solutions satisfaisantes pour parvenir à concilier vie professionnelle et personnelle…

Comprendre l’inclusion : quelques enjeux clés 

Rappelons que la Charte des droits et libertés du Québec protège 14 motifs de discrimination et reconnaît 5 groupes plus exposés : les femmes, les minorités visibles et ethniques, les personnes autochtones et les personnes en situation de handicap.
Et l’intersectionnalité ? C’est reconnaître que les identités (genre, origine, statut socioéconomique, handicap, etc.) se croisent et peuvent créer des obstacles qui s’additionnent.

Clarifions aussi les termes :

  • L’égalité, c’est donner la même chose à tout le monde ;
  • L’équité, c’est ajuster en fonction des besoins pour offrir à chacun·e les mêmes chances réelles ;
  • L’intégration, c’est faciliter l’insertion sociale (accès au logement, à l’emploi…)   ;
  • L’inclusion, c’est transformer le système pour que chacun·e y trouve vraiment sa place.

Ce ne sont pas des théories abstraites. Ces enjeux influencent directement la démocratie municipale, c’est-à-dire qui se présente, qui est élu·e, qui reste, et qui a du pouvoir autour de la table.

Nos biais influencent nos conseils municipaux 

Les biais cognitifs sont des raccourcis mentaux. Ils nous aident à décider vite, mais peuvent nous tromper :

  • On retient ce qui confirme nos idées (biais de confirmation) ;
  • On accorde plus de crédit à ceux qui nous ressemblent (biais d’appartenance) ;
  • On préfère ne rien changer (biais du statu quo).

Les biais inconscients sont des réflexes ancrés en nous, issus de stéréotypes sociaux. Ils ne sont pas liés à la méchanceté, mais ils influencent nos décisions, même en politique municipale.

Quelques exemples concrets

  • Une conseillère monoparentale, fatiguée et moins disponible, est jugée comme « pas sérieuse » ;
  • Une candidate racisée avec un accent est perçue comme quelqu’un qui « ne fitte pas » ;
  • Une mairesse expressive est jugée sur son apparence physique, pas sur ses compétences ;
  • Des groupes entiers (jeunes, personnes en situation de handicap et LGBTQ+) sont quasiment absents des conseils municipaux, non par manque d’intérêt, mais parce des obstacles les empêchent de se présenter (par exemple : faible réseau, absence de modèle représentatif).

Le cas de Granby

Une municipalité plus inclusive est plus forte. Elle attire des talents, inspire la confiance, prend de meilleures décisions. Ne pas tenir compte de nos biais, c’est freiner l’engagement citoyen, ignorer des compétences précieuses, et affaiblir la vitalité démocratique.

À Granby, les prises de parole publiques de la mairesse Julie Bourdon et de la conseillère municipale Geneviève Rheault s’inscrivent dans un cadre clair de lutte contre les exclusions et les préjugés. En 2025, Julie Bourdon présente la révision de la Politique d’égalité – datant de 2017 – et affirme qu’il ne s’agit pas d’« une simple mise à jour », mais d’« un engagement renouvelé et affirmé pour l’égalité », reflet des valeurs d’« inclusion » et d’« équité », avec la volonté de faire de Granby « une ville où chaque individu a sa place et peut s’épanouir pleinement ». De son côté, Geneviève Rheault souligne que cette politique est issue d’« un travail collectif » et d’« une écoute attentive des besoins de notre communauté », et qu’elle marque une avancée vers « une ville plus équitable et inclusive, où chaque personne, sans distinction, peut se sentir reconnue et soutenue ».

Sur la question précise des stéréotypes et de la transidentité, c’est surtout le plan d’action municipal qui explicite la portée de ces engagements. La Ville y prévoit de « sensibiliser la population sur les impacts des stéréotypes de genre et le sexisme », de « valoriser les images inclusives dans la communauté afin de lutter contre les préjugés liés à l’homophobie et la transphobie » et d’« évaluer les enjeux de la diversité de genre dans la municipalité ».

Comment faire avancer l’inclusion en politique municipale ?

Individuellement :

  • Se poser des questions : « Qui / qu’est-ce qui me met mal à l’aise, et pourquoi ? » ;
  • Accepter que personne n’est neutre ;
  • Écouter quand on nous parle de biais ou de micro-agressions ;
  • Éviter les généralisations (stéréotypes), même si ça part d’une bonne intention.

Dans les conseils municipaux et la communauté :

  • Repenser les horaires de réunion ;
  • Instaurer un climat sécuritaire, libre de propos discriminatoires ;
  • Offrir du mentorat aux nouvelles et nouveaux élu·e·s ;
  • Assurer la transparence dans les nominations ;
  • Nouer des alliances avec plusieurs centres communautaires (lutte contre le harcèlement, communautés culturelles, etc.) pour mieux comprendre l’intersectionnalité.

Au niveau des dirigeants politiques (maires et mairesses, direction générale) :

  • S’appuyer sur des outils comme l’ACS+, la Charte des droits, les données locales ;
  • Adopter une politique d’équité, diversité, inclusion (EDI) avec un plan d’action clair : former l’équipe municipale, fixer des objectifs et des indicateurs de mesure, affirmer une tolérance zéro envers toute micro-agression ou insulte ;
  • Prendre des décisions courageuses : viser un changement durable des pratiques traditionnelles, mettre en place un dispositif bienveillant d’examen des plaintes en discrimination et faire des suivis.

Imaginer une municipalité inclusive, c’est imaginer une fête où chacun·e est invité·e, trouve une chaise à sa taille, peut participer pleinement et se sentir chez soi !

Faut-il battre sa coulpe ?

Reconnaître nos biais inconscients, ce n’est pas se blâmer. C’est choisir d’ouvrir la porte à une politique plus juste et représentative. En Estrie, on a tout à gagner à faire cette démarche : des conseils municipaux plus diversifiés, des décisions plus riches, une démocratie plus vivante.

Alors, demandez-vous ce que vous pouvez changer dès maintenant pour que plus de personnes aient vraiment leur place autour de la table. Puis, passez à l’action !

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